Amazighité

Le nouvel an amazighe : une tradition ancestrale au service d’une revendication identitaire

(article publié en 2008)

Lahoucine BOUYAAKOUBI//

     Depuis quelques années, la célébration du nouvel an amazigh (berbère) prend de l’ampleur. Sous différents noms, le plus générique est « yennayer », ce rite est sorti d’une pratique familiale et « discrète » à une célébration marquée par une série d’activités culturelles et artistiques autour de la revendication amazighe. De ce fait, elle attire l’intérêt des médias nationaux et internationaux. Mais ce calendrier, ses origines et les différents rites qui y sont liés demeurent plus au moins inconnus et invitent les chercheurs à multiplier les efforts pour une meilleure connaissance de cette pratique. En même temps, l’évolution de la pratique de ce rite et la dimension qu’il a eu après l’émergence du mouvement revendicatif amazigh, ainsi que l’absence d’études approfondies sur ce sujet, laissent les portes ouvertes pour toute sorte d’interprétation et de mythification de cette pratique. 

      Cet article tend à présenter d’abord la notion du temps chez les Amazighs (particulièrement les Amazighs du sud-ouest du Maroc connus sous le nom de « Ichlhin »), le lexique utilisé pour nommer les différents moments de la journée, les différents rites et pratiques accompagnant la célébration de yennayer, et enfin le processus de réappropriation de ce rit, après l’émergence du mouvement amazigh, pour qu’il soit au service de la revendication identitaire amazighe.

Les Amazighs, comme tout les peuples du monde, avaient besoin d’un calendrier pour gérer le temps et organiser leur vie. Au Maroc, on enregistre la présence de quatre calendriers. Le calendrier agricole qui est solaire, le calendrier hébraïque (pour les Juifs marocains), il est à la fois lunaire et solaire, le calendrier Grégorien qui est solaire et enfin le calendrier hégire (arabo-musulman) qui est lunaire. Ce texte est consacré au premier calendrier nommé avant, calendrier agricole et on le nomme aujourd’hui calendrier amazigh. Si les autres calendriers ont été l’objet de plusieurs études, le calendrier amazigh soufre de l’absence d’études scientifiques et approfondies. Tout ce que nous possédons aujourd’hui relève de la littérature orale transmise par les Amazighs de père au fils.
 La première question qui se pose est sur l’origine de ce calendrier et trois hypothèses s’imposent :

  • L’origine locale (Nord africaine/amazighe).
  • L’origine égyptienne (pharaonique).
  • L’origine romaine.

  Selon Mohammed Hamam, ancien directeur du Centre des études historiques et d’environnement à l’Ircam (Institut royal de la culture amazighe), les sources grecques n’ont rien signalé à propos de ce calendrier. Mais, il suppose que le calendrier égyptien, composé de 365 et 1/4 du jour et date de plus de 5000 ans avant l’ère chrétienne, cité par les sources grecques, peut être d’origine berbère avec qui les anciens égyptiens entretenaient des relations historiques. Il ajoute que les sources arabes, peut être pour des raisons idéologiques, ont ignoré l’existence de ce calendrier malgré la présence de toute une discipline qui s’intéresse aux temps connue sous le nom de « Al-anwa ». D’après le même chercheur, le premier écrivain arabe qui a signalé ce calendrier s’appelle « Abi Hamed Al-gharnati (mort en 1169). Ce dernier, dans un ouvrage intitulé « Al mu3rib 3an ba3d 3aja’ib Al-Maghrib », avance deux données contradictoires. Dans un passage il précise que le début de l’année chez les Amazighs commence le mois de septembre tandis que dans un autre endroit il lance le mois d’octobre comme premier mois.
La deuxième hypothèse consiste à supposer l’origine romaine de ce calendrier. L’utilisation des mêmes mots latins pour désigner les mois amazighs (Ex: yennayer, vient de Janiarius, a donné janvier) soutient cette hypothèse.  Historiquement, la présence des Romains pendant VI siècles en Afrique du Nord, n’a pas besoin de preuves. De même, les relations étroites qu’ils avaient entretenues avec les Amazighs, sans oublier la politique de romanisation menée par Rome, malgré ses limites, consolident cette hypothèse. D’après Nedjma Plantade , lors d’une conférence à Paris organisée par l’association Tamazgha, cette hypothèse ne tient pas vue l’absence de documents historiques qui la confirment. Deux autres hypothèses essayent d’expliquer l’origine de ces mots. Premièrement, l’origine « Copte »‘(Egypte), avancée depuis les années 1950 par l’ethnologue Jean Servier et enfin l’origine andalouse qui reste à ne pas écarter. Selon Nedjma Plandat, les Amazighs, au moyen âge, étaient en contact avec des textes d’agronomes espagnoles, notamment andalous. Il est fort probable qu’ils étaient influencés par eux.
Toutes les hypothèses avancées, concernant l’origine étrangère du calendrier amazigh, malgré leur importance, perdent de crédibilité si on prend en compte les problèmes de l’historiographie amazighe. La tendance dominante consiste à chercher l’origine de tous ce qui est amazigh, (langue ou habitants…) en dehors du pays des Amazigh, l’Afrique du Nord. Cela nous oblige à être vigilants envers ces hypothèses et, de ce fait, chercher à prouver l’origine amazighe de ce calendrier sans écarter, bien évidement, l’importance des échanges et de l’interculturel que l’Afrique du nord a toujours entretenu avec son environnement africain et méditerranéen. Le silence de différentes sources grecques et arabes sur ce calendrier nous pousse à s’appuyer sur les sources orales et sur le rituel, encore vivant, qui accompagne la célébration de chaque nouvel an amazigh jusqu’aujourd’hui.

     Avant de traiter Yennayer, comme célébration du nouvel an, il me parait important de jeter un coup d’œil sur la notion du temps chez les Amazighs et le lexique utilisé pour nommer les différents moments.
Les Amazighs ont nommé les jours, les mois et ont devisé l’année en saisons.

Ass ou la division temporaire de la journée

   Pour les noms des jours, l’amazighe a perdu toute la terminologie. Tous les groupes berbérophones font recours aux emprunts arabes comme Letnin, tlata, larb3a, lkhmis, ljam3, sebt, lhed, avec des petits changements selon les caractéristiques phonétiques de chaque parler. Pour le rifain, l’alphabet « r »(roulant) place le « l ». On entend donc (Rtnin, trata…), et pour le touareg, les chevas sont largement présents et on entend, eletnin, ettelata, ennerb3… ou le petit changement au niveau du classement des phonèmes pour tachlhit, mais dans un seul cas, le mercredi, dit en arabe « al arbi3a », et prononcé en tachlhit « l3aRba ». Au début des années 1990, avec le boom associatif amazigh au Maroc et la montée de la conscience identitaire amazighe, on assiste à l’émergence d’autres termes pour remplacer les emprunts arabes. Il s’agissait de « Arim » (lundi), Aram (mardi), Ahad (mercredi), Amuhad (jeudi), Sam (vendredi), Sad (samedi) et Achur ( dimanche). Jusqu’à présent, je n’ai aucune connaissance sur l’origine de cette terminologie, qui est remplacée ultérieurement par « Aynas ( lundi), Asinas (mardi), Akras (mercredi)…. Cette nouvelle terminologue s’inspire de l’idée qui consiste à expliquer le terme « yanayer » (janvier), comme terme amazigh qui se compose de deux morphèmes: « yan », (un) en amazighe et « ayer », (mois). Les deux termes en commun donnent le sens de « premier mois ». « Aynas » récement inventé suit la même logique. « Ayn », est dérivé de « Yan » et « ass » (jour). La combinaison des deux nous  donne le sens de « premier jour ». En suivant la même logique les appellations des autres jours sont inventées, « Asinas » (deuxième jour,  mardi), et pour mercredi « Akras » (quatrième jours) etc. 
     La langue amazighe (variante tachlhit) possède un lexique riche pour désigner les différentes parties de la journée. Elles sont nommées selon la position du soleil ou selon la prière qui convient. La journée commence par « Aghwllay n tafukt » (le lever de soleil). Il est suivie par  « tayyilgi » pour désigner « l’aube ». Le terme « tamdellst », dérivé de « tillas »: obscurité » désigne les premiers moments de la journée où la lumière et l’obscurité sont mélangées. Le mot « ssubh », (ou Awjim) désigne la première prière tandis que « tizwaren », désigne à la fois la deuxième prière mais aussi un moment de la journée, vers 13h. Le terme « ImRZi n wass »[6] est utilisé pour définir la moitié de la journée (midi). Il est issu du verbe « RZ », avec un « z » et un « r » emphatiques. Il a le sens de casser. Avec le mot « ass », les deux donnent littéralement « le moment de la casse de la journée ». Juste après, le terme « tagrigawt », désigne le moment de retour des troupeaux du pâturage. L’après midi c’est « tazdwit » d’où dérive le terme « wazdwit pour désigner le goûté. C’est le moment aussi de « takwZin », le nom de la troisième prière. « tiwutchi », est le nom de la quatrième prières. Il est lié au coucher de soleil qu’on désigne aussi par  » Rwah n tafukt ». « tiwutchi » se compose de deux mots. « Tin » (celle de), et « Utchi » (la nourriture). La combinaison des deux termes donne le sens de « celle de la nourriture ». Ellel coïncide presque au moment de dîner. Le terme « ID » (D emphatique) (nuit) est commun entre tous les parlers amazighs par rapport à « Azal » pour nommer le jour. « Ass », c’est toute la journée (jour et nui, 24h). Et enfin, « tiyyiDS », le nom de la cinquième prière. Il est composé de « tin » celle de et « iDS » sommeil (celle du sommeil). La semaine est nommée « Imalas », le mois est désigné par le terme « ayyur » qui veut dire aussi  lune. « asggwas » c’est l’année et le siècle est désigné par le terme « Tasut ».

Irn : Les mois

Actuellement, l’année amazighe se compose aussi de 12 mois. Les mois portent les mêmes noms ou avec quelques petites modifications que l’année grégorienne. On y trouve  innayer, brayr, mars, abril, mayu, yunuyu, yulyuz, ghuct, cutanbir, ktober, nwanbir, dujanbir. Le sens « militant » qui anime quelques activistes les pousse à s’efforcer pour trouver l’origine amazighe de ces termes. Sur Internet, on peut lire un article de Mmis n Atlas, Zayan Mostapha qui mena un effort considérable pour trouver l’origine amazighe des noms des mois utilisés en Afrique du nord. Selon son explication, le terme « ayer » n’est plus « ayyur » qui veut dire la lune ou le mois, mais plutôt « igr », qui désigne le champ. De ce fait et pour expliquer (yennayer/janvier) il écrit:
« Tout le monde serait d’accord que le cycle biologique de la vie commence par la semence…il faut semer d’abord; le premier mois du cycle devrait donc être celui des semis… Imazighen diront « ayur n ayer » pour désigner la terre semée ».
Par cette logique, l’auteur a trouvé l’origine amazighe de tout les mois. Une simple vérification nous montre que les explications avancées par l’auteur sont tirées par les cheveux. Pour le mois de Mars, l’auteur avance qu’il est dérivé du terme « M’Ghars ». C’est le mois des plantations d’où M’Ghars qui veut dire « la période pour planter ». Mais l’auteur n’a pas fait attention que le verbe « Ghars » est un emprunt à l’arabe et c’est dans cette langue où il a le sens de planter. Alors que le terme qui donne le même sens en amazighe (tachlhit) est « ZZu ». 
  La tradition orale nous préserve jusqu’aujourd’hui quelques expressions/poèmes liées à chaque mois. Ex : innayer iml-ak  ma yra. Brayr a bu lmrayr… Mais en même temps, les Amazighs utilisent une autre terminologie qui entre en interaction avec les noms des mois arabes (musulmans) selon l’ordre suivant:

 En amazigh  En arabe
 RmDan   RmDan
 Win l3id-Win tissi  Chwwal
 Win gr l3yad-Win tgra la3yud   Du Al-qi3da
 Win tfaska-l3id mqquren  Du Al-hijja
 Ta3curt-A3cur  Muharram
 Lmulud-Win lmulud  Safar
 Tab3 lmulud- Ikn izwarn  Rabi3 al awwal
 Wis sin ikniwn  Rabi3 a ttani
 Adffas – Adffas izwarn  Jumada Al awwal
 Adffas wis sin  Jumada a ttani
 Agwrram- ayyur igwrramn win Igwrramn   Rajab
 Taltyurt  car3ban

Ces noms des mois nous interpellent. Ne sont-ils pas les vrais noms amazighs avant l’arrivée de l’Islam et qui ont été obligés de s’adapter avec la présence de la nouvelle religion? Sont-ils une simple traduction des noms des mois arabo-musulmans?
 
 l’année est aussi divisée en quatre saisons Tagrst ( hiver), Taldrar-tafsut (printemps),
Anbdu-awilan (été), Tamnzuyt-amwan ( automne).

Par tout en Afrique du nord, qu’il soit chez les arabophones ou chez les amazighophones, nous trouvons  la célébration de ce nouvel qui porte des noms différents. Au Maroc, les noms utilisés sont « ID n innayer », (la nuit de innayer), « ID n usggwas », (la nuit de l’année), « Ikhf usggwas », (extrémité de l’année), « tagwlla n innayer », (le repas de yinnayer), Haguza, Bayanu, ou « ssana Al-filahiyya », (l’année agricole) ou encore « 3sidat innayer » en arabe. Un certain nombre de rit très varié accompagne cette célébration. Chaque région, chaque tribu ou même chaque village a ses spécificités et ses pratiques qui la distinguent. Ce calendrier est basé essentiellement sur un mode de vie lié à l’agriculture et au changement des saisons. C’est ce qui explique que dans quelques régions les familles préparent un repas nommé « urkimn », en amazighe ou « seb3 khdayer »,( les sept légumes). Un repas composé de toute sorte de légumes. Un autre repas est très présent à cette occasion notamment dans la région de Souss. Il s’agit de « Tagwlla », le repas officiel de la cérémonie. Le même repas porte chez les Amazighs de Libye le terme de « Timghtal » Tandis que dans le Rif, c’est le couscous qui est préparé  ou comme c’est le cas dans d’autres régions comme le Rif on  égorger un coq. A l’Est du Maroc, une grande activité commerciale accompagne la célébration de yennayer. Les tribus de la région se réunissent dans des marchés populaires pour acheter du blé, de la céréale ou du maïs. Pour les régions qui préparent « Tagwlla », le noyau du date « aghwrmi », se cache comme la fève, à l’intérieur du repas. La personne qui a eu la chance de trouver la fève est destiné être heureux toute l’année. On lui donne même les clés de l’Agadir » ( le grenier où tout le village dépose ses biens). On disait aussi que la personne qui n’a pas bien mangé ce jour là aura faim toute sa vie. Dans la région d’Ihahan (prononcé en arabe Haha), les femmes posent trois boules de blé au toit de la maison placées successivement selon l’ordre des trois premiers mois de l’année (janvier, février et mars). Elles jettent du sel sur les boules et le lendemain les goûtèrent. Celle qui est la plus sellée représente le mois où il aura beaucoup de pluie. De même; s’il pleuvait le jour de l’an (14 janvier), cela serait un signe d’une année agricole bien réussie. Dans d’autres régions, les membres de la famille montent en haut de la maison pour voir quelle sera la première voix entendue. Si c’est la voix d’une vache, l’année donc sera bonne. Mais si c’était la voix d’un âne, l’année prochaine sera mauvaise. La même explication se donne selon les insectes qu’on trouve au dessous des trois pierres « inkan », qui composent le four traditionnel. Elles sont placées d’une manière triangulaire. Si on trouve des fourmilles, l’année sera bonne. Par contre , si c’est un autre insecte, l’année sera catastrophique au niveau de la récolte. 
 « Yennayer », le nouvel an amazigh : Un rite ancestral au service d’une revendication identitaire : Entre tradition et militantisme.
Depuis l’émergence du mouvement revendicatif amazigh, ce calendrier a pris une autre appellation. Dorénavant, il est nommé « nouvel an amazigh ». Il dote aussi d’un chiffre pour fixer son début. Cette année on est en 2958. Quelle est l’origine de cette date? 
  L’apparition d’une date qui fixe le calendrier amazigh est liée à tout un travail de réappropriation, de promotion et de la mise en valeur des éléments de l’identité amazighe mené depuis la fin des années soixante par, notamment, l’association Agraw imazighn (connue sous le nom de l’Académie berbère). Autour de Mohamnd A3rab Bisaoud (dit Muhed Aqbayli) s’est constitué, en 1967, le premier groupe qui sera le noyau d’un mouvement revendicatif amazigh. A cette époque, ces militants ont fait connaître les alphabets amazighs « tifinagh » et ont valorisé l’histoire ancienne des Amazighs.
Le chiffre 2958 débute historiquement du 950 av JC, date du règne du roi amazigh « Chichneq » sur les Feraoun en Egypte, constituant la famille 22. Le choix de cet événement pour débuter le calendrier amazigh révèle les intentions suivantes : 

  • Chercher  dans l’histoire lointaine des Amazighs une date, la plus lointaine possible, pour dépasser les deux calendriers existant chez les Amazighs, à savoir le calendrier Grégorien et surtout le calendrier arabo-musulman, connu sous le nom du calendrier Hégire.
  • Faire connaître la relation existant entre les Amazighs et la civilisation égyptienne, comme une des grandes civilisations de l’humanité.

        Au Maroc, cette date n’a commencé à être connue qu’après 1991 après la publication de la Charte d’Agadir, considérée comme acte de naissance officiel du mouvement amazigh au Maroc. Et depuis, toutes les associations amazighes veuillent à ne pas rater la célébration du nouvel an amazigh. Parmi les traditions associatives liées à cette nouvelle célébration, la publication des calendriers affichant l’année amazighe et l’organisation de grands galas et conférences autour de cet événement. Le calendrier diffusé par les associations ne vise pas seulement à faire connaître le calendrier amazigh, mais notamment, à diffuser des messages culturels et politiques en faveur des droits linguistiques et culturels amazighs. En conséquent, les autorités n’hésitent pas d’intervenir pour interdire la diffusion de ces tractes. C’est le cas de l’association Tamaynut section d’Inezgane. En 1994, cette association publie et diffuse un calendrier qui porte les trois calendriers  à savoir, l’année grégorien, 1994, l’année hégire 1414-15 et l’année amazighe 2949. A coté, on trouve les photos des anciens rois amazighs comme Yuba I, Masibsa, Dihya, Massinissa, et Yugrten mais aussi, deux textes, un en français et l’autre en amazighe. En français, on lit:
  » Notre démarche consiste essentiellement à revendiquer notre Identité culturelle qui se résume tout simplement dans le refus D’être autre que nous même dans le respect des autres. 
Nous somme et nous voulons rester amazighs » Et en amazighe, il s’agit de deux vers d’un poème de Ali Sedki Azayku: 
« Iqqand i yan iddrn a sul isawal       mqqar ran-as middn ad t-ittu wawal 
« Tôt ou tard, le vivant parlera même si tout le monde cherchera à le faire taire »
Le calendrier était largement diffusé et affiché dans les boutiques des commerçants de la ville mais quelques jours après, le Pacha d’Inezgane décide de censurer le calendrier et arrêter quatre membres de l’association. Ali Boumalk, Brahim Lasri et Rachid Rédouan comme membres du bureau de l’association et Abderrahim Zaki, comme peintre et réalisateur du concept du calendrier. Après deux jours d’enquête, les détenus se sont libérés. 
     Malgré cette attaque de la part des autorités locales de la ville d’Inezgane, les associations n’ont jamais cessé de célébrer le nouvel an amazigh. Cette fête  a même pris une nouvelle dimension. Après des années de l’organisation des galas gratuits pour fêter Yennayer, aujourd’hui, et depuis 2001 quelques acteurs associatifs ont rendu cette célébration un moment attendu par l’élite économique et politique de quelques grandes villes, à Agadir, Marrakech, Casablanca, Meknès, Nador ou Rabat. Quelques hôtels  n’hésitent pas à préparer un dîner spécial yennayer. L’événement peut se développer pour qu’elle devienne au service du développement économique et touristique de quelques régions. A coté de la célébration dans le cadre familial héritée depuis des siècles, le mouvement amazigh rend cette occasion un moment fort pour sensibiliser la masse autour de la revendication amazighe et envoyer des messages aux autorités pour reconnaître les droits amazighs. Aujourd’hui, la revendication majeure et la devise de cette célébration et que ce jour soit reconnu officiellement comme jour férié et la reconnaissance constitutionnelle de la langue amazighe comme langue officielle. Pour atteindre cet objectif les associations amazighes n’hésitent pas à rendre public des communiqués et déclarations à ce sujet. Les efforts du mouvement amazigh ne passent pas inaperçus. Le message amazigh a réussi à atteindre les autorités officielles et les élus locaux ou parlementaires. En 2005, le Conseil municipal d’Agadir a organisé un grand concert à l’occasion de la célébration du nouvel an amazigh et en 2008 (2958 amazigh), les élus locaux de la ville de Dcheira, dans la banlieue d’Agadir, organisèrent une soirée à la même occasion et pour rendre hommage aux quelques grand poète chanteurs (Rways).  En Libye, cette année (2008 – 2958), le pouvoir libyen n’a pas pu rester indifférent. Il décide de célébrer « yennayer » mais sans signaler qu’il signifie le nouvel an amazigh. Pour le régime de Kadhafi, il ne s’agit que de la célébration de la 2958e anniversaires de la victoire de Chichneq, le libyen sur les Pharaons car il réalisa, et pour la première fois dans l’histoire, l’unité des deux régions du « monde arabe », la partie de l’Asie et celle de l’Afrique. Cette démarche de la part des autorités libyenne  révèle une vraie volonté pour la réappropriation politique de l’événement. Même si le terme calendrier amazigh n’est pas cité ouvertement, célébrer la victoire de Chichneq (Chechonq) le 13 janvier exactement n’est qu’une stratégie pour exploiter le discours amazigh pour des fins idéologiques panarabismes du régime libyen. 

  Dans la Diaspora amazighe et notamment en France, ou la présence amazighe est très forte, la célébration de « Yennayer » comme nouvel an amazigh n’échappe pas au danger d’une éventuelle réappropriation politique de la part de différentes tendances politiques en concurrence. En parallèle avec les différentes activités associatives organisées à l’occasion, les grandes figures politiques ne ratent pas l’occasion. A paris, par exemple, les deux grands candidats pour la Mairie de Paris, Françoise De Panafieu (UMP) et Bertrand Delanoë (PS), accueillent respectivement les acteurs du mouvement franco-berbères et des milliers de Franco-berbères pour célébrer « Yennayer » et lancer des promesses en faveur d’une meilleure reconnaissance du berbère en France.

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